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Un ouvrage capital : "La cité perverse, libéralisme et pornographie" de Dany-Robert Dufour

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Je me suis procuré ce livre sur le conseil d'un ami.

Je ne suis pas sûr de pouvoir faire une recension scrupuleuse de ce pavé de près de 400 pages. C'est même très improbable car il n'existe aucune version numérique et je me vois mal le scanner de façon à pouvoir faire les nombreuses citations qui s'imposeraient.

Le prologue est remarquable qui démontre que nous sommes tombé sous le joug d'une véritable pornocratie.

Les choses commencent à se gâter dès le premier chapitre sur le XVIIIème siècle où l'auteur situe le grand renversement de la métaphysique occidentale, de Pascal à Sade.

D'abord, il ne s'agit pas d'un renversement métaphysique mais plus simplement des conséquences d'un simple dualisme augustinien entre sa théorie opposant son projet d'un cité de Dieu à celle d'une cité du diable.

Dans le fragment 43, p 51 l'auteur déclare que Augustin a négligé un détail - qui se révèle au moment où il affirme la nécessité du "mépris de soi". C'est, dit l'auteur, étrange puisque Augustin est tout simplement l'inventeur du concept de "personne" avec son intériorité en Occident.

Un petite parenthèse pour souligner qu'un ancien lecteur m'a récemment rebattu les oreilles avec le personnalisme comme invention propre au christianisme. Oui certes mais c'est tardif et on retombe toujours sur le duo notoirement suspect de Paul et d'Augustin. Soit dit en passant l'orthodoxie consent du bout des lèvres à considérer Augustin comme "saint" mais rejette assez violemment la qualité de Père de l’Église qui lui est accordé par le catholicisme romain. Pour ceux que cela intéresserait voici de quoi s'informer sur la position de la théologie orthodoxe:

http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php?t=1008

Je ne suis certes pas très catholique puisque je consens a me revendiquer comme "un peu païen" mais il me semble assez difficile de vouloir me faire griller sur un bûcher en tant qu'hérétique.

Une opposition radicale entre "amor Dei" et "amor sui"

L'auteur s'est finalement aveuglé au point de ne même pas s'être rendu compte que c'est l'OPPOSITION RADICALE entre amor Dei et amor sui (amour de soi) qui allait tout faire exploser.

Mais il s'est tout de même rendu compte que quelque chose clochait : p 52 l'auteur souligne qu'aucune confession n'est possible si le soi n'entend pas le soi. Le "détail" qui manque c'est que le soi ne peut être entièrement objet de mépris. Mais bien sûr ce n'est pas à nous d'administrer cette leçon à Augustin. Et bien au contraire ! Soyons sans complexe, remettons Augustin à sa juste place. Il n'est pas sorti de son dualisme initial, voilà tout et il a littéralement empoisonné tout l'Occident et on est en train d'en crever !

Le prétendu "saint" Augustin c'était Tout pour Dieu, rien pour ma pomme ! Forcément ça devait craquer et même exploser et ç a donné Sade qu'il aurait fallu piquer à la naissance ou écarteler !

Jean-jacques Rousseau comme "correcteur" de "saint" Augustin

Et là on croit rêver, savez-vous qui est l'augustinien qui, à quatorze siècle de distance se serait chargé de corriger le maître et bien, figurez vous que ce serait l'illustre Jean-Jacques Rousseau. Franchement je subodore une très méchante blague mais l'auteur est tellement pince sans rire que l'on n'arrive pas toujours à déterminer si il parle de lard ou de cochon... On le sait Rousseau a renouvelé le genre Confessions initié par l'évêque d'Hippone. 

Je penche volontiers en faveur de l'hypothèse d'une blague assez fine... Les confessions on veut bien mais il faut que ce soit revigorant et avec Augustin ion ne peut que se tirer une balle dans la tête.

L'évocation du "moteur à deux temps" de Pascal, des moments hyper jouissifs

Le  conflit entre deux amours chez Pascal a produit des ratés, des emballement et même une grosse surchauffe qui s'est soldée par toutes sortes d'atroces souffrances sous la forme de véritables somatisations. Il serait cruel de s'en réjouir mais en attendant on se marre bien. très franchement c'est si finement amené et si joliment tourné qu'on n'est pas loin de connaître l'orgasme.

Facéties lacaniennes

Bon évidement, un tel plaisir qui frôle parfois le pur bonheur se mérite et ne vient pas tout seul. Il réclame un minimum de culture philosophique. On a même droit à des jeux de mots lacaniens du style con-cul-pisse-sens pour concupiscence.

Je sais c'est un peu vulgaire et je n'apprécie que modérément mais l'auteur est un grand étymologiste qui gagne à être connu.

Enfin le miracle c'est que la grandeur de l'homme c'est d'avoir tiré de la concupiscence un si bel ordre. Et c'est Pascal qui parle encore.

Je suis pour l'instant arrêté à la page 102 et je vous invite à acheter le livre et à ne surtout pas y bouder votre plaisir.

Oubli ?

Il semble que l'auteur n'ait pas eu l'idée de souligner que l'omniprésence de la pornographie est surtout un excellent moyen de contrôle social. Je l'ai déjà dit, c'est pour les jeunes une catastrophe, elle favorise l'autisme et pas que dans le domaine sexuel, c'est donc avant tout un extraordinaire moyen de contrôle social. le problème c'est que l'air en est empoisonné.

Post scriptum

J'attends les ouvrages de Bernard de Mandeville dont parle l'auteur, en particulier sont Traité sur les passions (hystériques et mélancoliques) + sa Vénus la populaire ou apologie des maisons de joie (bordels)... Le premier on n'en parle guère or Mandeville a largement précédé Freud. Quand au second livre cité, je ne lui accorde à priori qu'une vertu purement récréative.

Je veux savoir de quel esprit était animé ce personnage. Il est à noter que la "mélancolie" ou bile noire est un sujet classique ancien et je me souviens d'avoir publié là dessus une recension d'un livre d'un théologie chrétien. Il est clair que si c'est un mal ancien et assez mystérieux, la théologie augustinienne l'a singulièrement aggravé avec la formule Tout pour Dieu rien pour ma pomme ! 

Notez que la plupart des ouvrages de cet auteur sont numérisés sur Gallica sauf le traité des passions qui me semble capital à connaître du moins pour le quasi médecin que je suis...

Je compte commenter La cité perverse par petites touches...

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